Vin rouge, bombe et bites de cowboys.

Courir dix kilomètres. Monter à Bixi la côte Berri sans jamais m’arrêter de pédaler. Ne pas manger de pâtes pendant une semaine. Ne pas porter de jeans pendant une semaine. Ce jour-là, j’avais décidé d’arrêter de boire de l’alcool pendant un mois.

Je ne l’ai pas fait.

Je pense que le vin est un poète. Je n’y comprends rien mais je sais qu’il réconforte. Je sais qu’il inspire. Le vin est un poète et le gin un gars qui raconte des légendes urbaines. Je me pends à ses lèvres et le pends aux miennes. Pas sans savoir qu’il y aura des regrets. Le gin comme les légendes urbaines laisse toujours un mauvais goût au fond de la gorge. Sauf que l’histoire de la soeur de l’amie de la cousine du voisin, on pourrait l’écouter comme la première fois jusqu’à la tombée de toutes les nuits.

Il y a deux minutes je faisais des recherches sur l’Afrique australe. Maintenant j’ouvre un document Word et comme chaque fois je ne sais pas vraiment où ça va me mener. J’ignore si c’est une bonne ou une mauvaise chose.

Si toujours ce besoin de défi, pas toujours ce besoin d’être sexy. Couverture couleur désert de Namib, bas de laine, chignon et pyjama de chats. On sonne à la porte et je retiens mon souffle histoire qu’on comprenne que je suis ailleurs. Parce que c’est vrai, au fond. Je ne suis pas vraiment là. J’écris. J’écris rien, peut-être, mais j’écris et quand j’écris je ne suis pas là.

De toute façon je ne réponds jamais quand on sonne à ma porte. J’ai peur que le visiteur me livre une responsabilité. Je ne réponds jamais quand on sonne à ma porte. À moins d’attendre une pizza.

À côté de mon lit, une vieille caisse de pommes en bois fait office de table de chevet. Y flâne une coupe de rouge. J’étire le bras. Prends une gorgée. Frisson. Grimace. Tiède. Je préfère le blanc au rouge. La couleur dans le vin me donne mal à la tête. C’est psychologique, qu’on me dit chaque fois. Tout est psychologique. Et la psychologie, ça donne mal à la tête.

– Pourquoi, alors, tu bois du rouge?

Une soirée potluck tournée au vinaigre. Des bouteilles à moitié vides dans le frigo. Il n’est pas question ici de voir ou non la vie en rose. Après ce potluck au vinaigre, les bouteilles ne sont pas à moitié pleines, mais bien à moitié vides. Point.

J’avais préparé trois salades. Ils avaient préparé des bouchées, des fromages, une trempette. On avait même des p’tites saucisses dans l’bacon. Des bites de cowboys, comme dirait l’autre. Il y avait des rires. On parlait fort comme toutes les fois d’avant. Il y a eu les gin-tonics. Il y a eu le vin blanc. Puis le vin rouge.

On le savait, pourtant : Rouge sur blanc, tout fout le camp.

Boum.

Il est sorti fumer une cigarette. Elle a dit:

– Je vais le laisser.

– Quoi?! Pourquoi?

– Je l’ai trompé.

– P O U R Q U O I ?

– J’ai pas eu de remord. Je l’ai trompé. Une fois pis deux pis trois. Ça ne me fait rien. Je le trompe et je ne ressens rien. Je rentre et je lui souris comme avant. J’ai pas envie de lui évidemment mais ça fait des mois que j’ai pas envie de lui. C’est terminé. C’est juste ça. Ça ne me fait rien. Il est parfait mais j’en ai marre, du parfait. J’ai besoin qu’on me challenge.

J’ai besoin qu’on me challenge. Phrase emballée. Prête à emporter. Comme un p’tit poulet BBQ.

On a sorti les bites du four quand il est rentré, frigorifié. Dehors il faisait – 40 000 degrés et il ne savait même pas que ça allait être pire encore. Il a dit:

– YEAH! C’est l’heure de manger des bites?

Pire. Timing. Ever. pour les jokes de bites.

Huit paires d’yeux fixés sur bites de cowboys dans lèchefrite bien huilée.

On a désaoulé d’un coup sec.

J’aurais voulu un gin cul sec.

J’aurais voulu une poulie pour remonter le moral des troupes.

J’aurais voulu un escabeau pour crisser le camp. Grimper au plancher, me cacher dans le plafond. Peu importe la direction, vraiment. Fuire le malaise comme on fuit le regard du gars de Greenpeace au métro Mont-Royal. Faire semblant d’avoir rien entendu. Que du vent.

Martin a eu la bonne idée de dire qu’on était tous fatigués. On a choisi de ne plus aller chez Mado, finalement. C’est dommage parce que j’aime ça, moi, chez Mado. C’est plein de sparkle et les fines jambes des drag queens me fascinent. Je monterais la côte Berri trois millions de fois que jamais j’aurais des jambes aussi fines. Injustice. Ni Mado, ni dessert. Un type, dégelant tranquillement dans son odeur de Peter Jackson, est sur le point de se faire lancer une bombe en pleine figure.

Voilà.

C’est comme ça qu’à défaut de se retrouver au lit avec un poète, on se retrouve parfois au lit avec une coupe de rouge à moitié vide et un Deep N Delicious dans l’frigo.

Un potluck. Une bite de cowboy. Une bombe. Une figure de style. Un sans queue ni tête.

Le téléphone, comme une responsabilité.

Merde.

– Elle m’a trompé.

– Je sais.

Vin

 

 

*Les textes de Caroline peuvent tenir de la fiction. Parfois vus, parfois vécus, parfois fruit de l’imagination.

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