Femmes, je nous aime !

Quand j’étais petite, je voulais être un garçon. Je voulais être un garçon pour être plus forte au ballon chasseur. J’étais celle qu’on choisissait toujours en dernier, celle qui restait à la toute fin de la partie parce que je courais constamment comme une biche en cavale. Certains diraient même comme une poule pas de tête. Je courais ou me cachais derrière les autres. J’haïssais tellement ça, le ballon chasseur. Ma sœur était bonne, elle, pourtant. Injustice. Quand j’étais petite, je voulais être un garçon pour pouvoir rentrer plus tard quand j’allais jouer dehors après le souper avec les ami(e)s. Quand j’étais petite, je voulais être un garçon pour ne pas vivre de ce côté-ci de la puberté. Les seins, douloureux, qui se pointent beaucoup trop tôt, dans un corps de gamine à des années lumières de devenir femme. Ces seins, je ne les voulais pas. J’étais la seule de la classe à en avoir. J’ai eu ce privilège déguisé de recevoir tous les premiers regards. Toutes les premières moqueries. Pour le malaise ressenti quand j’ai reçu en « cadeau » mon premier soutien-gorge, pour le malaise ressenti quand j’ai reçu des félicitations (??!) le jour de mes premières règles, pour tout ça et bien d’autres malaises, quand j’étais petite, je voulais être un garçon.

Aujourd’hui, je souhaiterais parfois être un homme pour passer moins de temps devant le miroir avant de me trouver présentable. Pour ne pas savoir faire la différence entre un mascara et un eye-liner. Je voudrais être un homme parce que vieillir nous réussit moins bien, il paraît. Je voudrais être un homme pour être sexy avec des pattes d’oies et des tempes grisonnantes. Pour porter la marque du temps comme on porte un cadeau. Pour cesser ma bataille contre la cellulite maudite, même si je sais qu’elle est plus forte que moi. (Si je fais 100 squats par jour, ça devrait partir, non ? J’veux dire, logiquement… Plus de muscles, moins de gras ? Moins de gras, moins de cellulite ? Non ? Injustice.)

J’aimerais être un homme pour ne plus savoir concrètement ce que représente un changement hormonal. Pour ne plus prendre la pilule parce que je l’oublie une fois sur trois, de toute façon. Pour ne plus avoir de date limite pour enfanter. Pour ne plus jamais lire ou me faire dire qu’il faut faire attention, ne pas utiliser de savon, c’est donc fragile, une flore vaginale.

Pour ne plus jamais me faire dire par un gars saoul dans un bar « Come on, frenchez-vouuuuuuuuuus ! » quand je prends un verre avec une copine. Pour ne plus me faire demander avec qui j’ai bien pu coucher, donc, pour avoir ma promotion. J’aimerais être un homme pour ne plus craindre quand je marche dans la rue un peu trop tard. Parce que j’aime marcher dans la rue quand il fait noir.

J’aimerais être un homme pour ne plus me faire dire que les femmes avec du caractère, ça effraie. Pour ne plus avoir à tenter de comprendre l’homme. Pour pouvoir dire non quand je veux dire non et pouvoir dire oui quand je veux dire oui. Pour pouvoir mettre un terme à mes relations sans aviser. Juste en coupant le contact et en mettant la faute sur le fait que je suis un gars, tsé. La communication, c’est pas vraiment mon fort.

Je suis femme. Je suis femme et à 98 % du temps, bien et fière d’être femme. Fière d’être femme pour l’émotivité et l’élégance. Pour les cheveux, les vêtements et les talons hauts dans toute leur superficialité parce que je suis d’avis que le superficiel, c’est bon pour l’âme, des fois. Fière d’être femme pour la complexité, la galanterie, l’instinct maternel et les sensations. Fière d’être femme pour les amitiés. Fière d’être femme pour la force. Parce qu’à travers toute cette fragilité demeurée puisque que fondamentale, une force indéniable fait sa place. N’est-ce pas là ce qui fait réellement la beauté de la femme? Force léguée par ma mère, la tienne, nos grand-mères, nos arrière-grand-mères et toutes celles d’avant, aussi. Il y a entre nous toutes ce chemin parcouru main dans la main que l’on oublie trop facilement. Comme un cours d’eau qui reprendrait son lit doucement avec les années. Comme si rien n’avait jamais vraiment été autrement. Il y a ce chemin parcouru sur lequel on doit retourner la tête, de temps en temps. S’arrêter, faire le bilan, le comparer au chemin de nos sœurs de partout ailleurs. Leur prêter des outils, peut-être. Il y a ce chemin parcouru et celui qui reste à faire. Ce chemin que l’on doit enseigner, partager. À ta fille, ta nièce, ton amie. Je suis fière d’être femme et reconnaissante de l’être sur cette terre, là où bien des gens se questionnent encore à savoir pourquoi, déjà, une journée de la femme? Si c’est pas signe que le travail de nos aînées a drôlement porté fruit… Je vivrai mon 8 mars 2014 en dansant. En étant fier du bout de chemin parcouru, sans m’asseoir dessus. En célébrant ma force, ma sensibilité, mon corps, ma santé, mes réalisations, mes projets. Je vivrai cette journée en pensant à celles pour qui tout le chemin reste encore à faire. Je leur tiendrai la main.

Bonne journée de la femme!

We_Can_Do_It!

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