Chagrin d’amour

C’est un chagrin d’amour, je crois. Certains diront que j’exagère, comme d’habitude. C’est pourtant le sentiment qui m’habite. Un chagrin d’amour, les larmes en moins. Les fenêtres baissées, les rideaux tirés, les lumières tamisées quand elles y sont… Du sucre, une couverture, la sonnerie du téléphone fermée. Le silence, l’envie de fuir, de ne plus se laisser prendre, jamais. Ne plus mettre le pied dans la roue. Vouloir que le temps se soit arrêté juste avant. Cette neige, cette froideur des derniers jours, cet hiver qui n’en finit plus comme la trentaine d’autres vécus avant, ça me laisse dans un état de chagrin d’amour. Il était là, le salopard. Juste là. Il me dévorait, me titillait avec ses yeux perçants, ses chauds rayons. Il me faisait croire que ça y était. Qu’il était rendu là. Qu’il était bien. Qu’il avait envie de rester, cette fois.

Le printemps comme un homme finit toujours par partir. Et par revenir, je sais. Dans trois semaines j’aurai oublié, je sais. D’ici là j’ai besoin d’entendre un son nouveau. J’ai besoin de couleur, de chaleur, d’amour, de t-shirts, de bras musclés brunissant au soleil. J’ai besoin de voir tes cheveux friser sous le coup de l’humidité. J’ai besoin de réveiller le BBQ. J’ai besoin d’une cigarette sur la terrasse. J’ai besoin de feux d’artifices, de parades, d’un bouquin au Parc Laurier. J’ai besoin de trop de sangria parce qu’il y en a toujours trop, de sangria. J’ai besoin de toi. Faut que tu me sortes de là.

J’ai l’amertume qui prend du poil de la bête. Si l’amertume savait piquer, elle foncerait droit sur ton cœur. En ces jours monotones comme les plaines je n’endure ni moi, ni toi, ni les autres. Plus je prends de l’âge, plus l’hiver prend du poids.

Petite, je n’avais pas froid en hiver. De longues heures durant je cuisinais dans la neige. Les voisins d’en face construisaient des forts, je préférais construire des gâteaux. Des petits. Des grands. Des plats. Des très hauts. Des d’anniversaire. Des aux fruits. Toujours des gâteaux. Peut-être que le secret pour aimer l’hiver, c’est de cuisiner davantage de gâteaux.

L’hiver manque de fraîcheur. C’est un paradoxe. L’hiver manque de sourires, aussi. L’hiver manque de folies passagères. L’hiver est le terrain de jeux des monstres. Ils se regroupent, se multiplient, invitent des amis, viennent jouer avec les miens. Il n’y a qu’eux, dans ma maison, qui se réjouissent de ce gris incessant. Petite, je n’avais pas froid en hiver. Petite, je n’hébergeais pas les monstres.

J’ai le mal de l’été.

J’ai recommencé à courir pour sentir le chaud malgré le froid. Pour appliquer un peu de rose sur mes joues ternes. Pour sentir l’air traverser mon inertie. J’ai recommencé à courir et par un moment de recherche identitaire, j’ai apprivoisé le yoga. Je suis une danseuse. Je danse pour mon corps et ma tête depuis ma nuit des temps. C’est la seule chose que j’ai toujours aimée sans chercher à comprendre pourquoi. La danse est ma vie, ma meilleure amie, mon psy. Je suis une danseuse qui regarde le yoga de haut. Qui regarde le yoga avec arrogance. Relaxer. Tenir une position. Respirer. Changer de côté. La tête en bas. Tenir l’inconfort. Expirer, plier. Inspirer, allonger. Expirer, replier. Inspirer. Expirer, reculer la jambe droite. Inspirer, monter les bras vers le ciel. Expirer, descendre au cœur. Inspirer. Expirer, planche. Inspirer. Expirer, genoux, poitrine, front au sol. Inspirer, cobra. Expirer, chien tête en bas.

Peut-être avais-je besoin d’un chagrin d’amour pour commencer à aimer le yoga. Je ne le juge plus. J’ai apprivoisé un petit monstre. J’inspire et expire à fond. Je le laisse nettoyer mes maux de tête. Mes maux de cœur. Je le laisse tenir ma main et nous guider doucement jusqu’au printemps. Curieusement, j’ai recommencé à y croire. Une heure de yoga pour envoyer paître l’amertume. Une heure de yoga pour congédier les idées noires. À grands coups de salutations au soleil, nul doute qu’il finira par avoir envie de revenir pour vrai. De rester. D’aimer. De se faire aimer. De sourire et de profiter de la terrasse, lui aussi. Je suis fin prête. Amène-toi, qu’on jase de tout ce temps où tu n’étais pas là.

Namaste.

 

*Les textes de Caroline peuvent tenir de la fiction. Parfois vus, parfois vécus, parfois fruit de l’imagination.

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