Mon bonheur

Salut.

Il y a bien deux heures que je suis dans ce café. J’ai mangé du couscous. Mangé un muffin à la banane qui ne goûtait pas vraiment la banane. Bu un grand café au lait. Un verre d’eau. Je déteste boire de l’eau. J’ai fait le tour de Facebook au moins 10 fois. J’ai regardé des photos d’animaux sur Bored Panda, je suis sortie fumer une cigarette nerveuse que j’avais pas tant que ça envie de fumer, au fond. Faisait froid. Une journée d’août partie se coucher. Elle avait pas le goût que ce soit l’été. Moi non plus, d’ailleurs.

Je suis de retour devant mon écran blanc et j’ai envie de t’écrire pour te détruire. Je sais bien, que c’est pas fin. Que ça sert à rien. C’est écrit partout sur Internet. J’ai dépensé des centaines de dollars en formations virtuelles ridicules pour apprendre à me passer de toi. Je ne devrais pas t’écrire. Je devrais me concentrer sur ma reconstruction. Sur moi. Sur mon bonheur. Le problème c’est que mon bonheur, t’as botché dedans.

T’as botché dans mon bonheur comme tu botches tout le temps. Condescendant. À coup d’une pichenotte sans même jeter un regard pour voir où ça tombe. Sans même jeter un regard pour voir si t’as pas blessé quelqu’un, ou mis le feu dans un tas d’feuilles, je sais pas. Pour voir si t’as pas, par hasard, botché dans un bonheur.

Il y a quelques semaines je t’ai vu marcher avec elle sur la rue. Je me suis rappelée que tous les couples finissent par se briser alors j’ai eu envie de courir après toi comme je cours après ma guérison. J’ai eu envie de m’accrocher à ton cou comme je m’accroche à mes vieux souvenirs. J’ai eu envie de te dire « Hey! Regarde moi! Je me suis laissé pousser les cheveux comme tu voulais. Regarde-moi! Je porte la jupe qui me fait de belles fesses. Ta préférée. Regarde-moi! J’ai commencé le yoga, je suis en forme maintenant. Regarde-moi! Je porte encore la bague que tu m’as offerte. Regarde-moi!! ». Je t’en prie. Regarde-moi.

Je t’ai regardé passer. Clouée au beau milieu de la rue Ontario. Je t’ai trouvé beau comme je te trouve tellement beau depuis tout le temps. Je me suis rappelée un bon moment et dix-huit mauvais. On m’a klaxonnée. Je me suis tassée. J’ai prié. J’ai demandé à quelqu’un en qui je ne crois pas de te ramener à moi. À l’école primaire, j’étais amoureuse d’un garçon qui était amoureux de ma meilleure amie. J’ai prié. J’ai prié tellement fort pendant 40 jours qu’au bout du 40e jour, il m’a fait parvenir un papier. Veux-tu sortir avec moi, oui ou non. J’ai coché non. Ensuite mes prières n’ont plus jamais été exaucées. J’ai changé, maintenant. J’ai grandi. Je n’ai plus peur. Je cocherai oui. Je jure que je cocherai oui.

Tu te rappelles combien de fois tu m’as dit que mon patron se foutait de ma gueule? Hier, j’ai démissionné. J’ai démissionné pour te prouver que je suis forte. Que j’arrive à sauter dans le vide, des fois. Que l’inconnu ne me fait pas peur. En rentrant j’ai avalé une bouteille et demie. Ma mère a gueulé au téléphone. Elle déteste quand je suis saoule. J’aurais dû ne pas répondre. C’est à ça que ça sert, un afficheur, que tu me disais tout le temps. Juste avant de raccrocher elle m’a dit qu’elle allait voir avec son cousin qui vient d’ouvrir un p’tit café dans le Mile-Ex. C’est loin de chez-nous pis j’haïs ça, le Mile-Ex. Elle m’a suppliée de ne pas retourner travailler dans les bars. J’ai raccroché sans dire au revoir. Bu la quatrième moitié. Me suis endormie sur le sofa.

Tu sais la pianiste qui habite en haut de chez moi? Elle a finalement lâché la trame sonore de Forrest Gump pour celle d’Amélie Poulin. Elle est un cliché. Elle est blonde et porte des vêtements mauves. Elle écoute Amélie Poulin et joue Amélie Poulin et fredonne Amélie Poulin dans sa douche. Amélie tout le temps. Jour et nuit, Amélie. J’entends tout à cause du puit de lumière dans la salle de bain. J’aurais envie de rire d’elle avec toi, des fois. Elle m’a demandé où tu étais passé. Je lui ai répondu que je t’avais crissé là. « Ça avait pas vraiment l’air d’un gars pour toi, de toute façon. » qu’elle m’a dit. Bullshit.

Je t’aime pis j’t’haïs. Y’a une chanson qui dit ça mais je ne me souviens plus laquelle. Ça sonne comme un calvaire de Boom Desjardins. Je trouve ça long. Je bois et baise d’autres gars pour t’oublier et une fois même j’ai pas regardé ton Facebook pendant toute une journée. Je sais qu’un jour tu reviendras et je ferai tout ce que tu veux même ce que tu sais que j’aime pas.

On ne m’a jamais appris les peines d’amour. On m’a appris ni à contrôler la douleur ni à apprivoiser les cris qui restent coincés au fond de ma gorge. On ne m’a pas appris l’impression d’étouffer. De fondre. De vivre trop. De mourir pas assez. De brûler. De me noyer. On ne m’a pas dit que ça me ferait mal plus longtemps que la mort de mon propre frère. Je savais pas. J’étais pas prête à ça. J’ai pas été parfaite mais je le serai, cette fois. Reviens, je t’en supplie. Reviens, mon bonheur. Je te donnerai mon âme pour que tu botches dedans.

Sab xx

image

Advertisements

4 thoughts on “Mon bonheur

Add yours

  1. Moi, j’voulais pas ça,
    De tous ces jours sans pain,
    Aux lendemains incertains.
    Les peines et les chagrins,
    Du soir au matin.
    Moi, j’rêvais de vies meilleures,
    De filles aux yeux rieurs.
    Des lundis comme des dimanches,
    Avec de l’oseille plein les manches.
    Des zèbres à deux têtes
    Et des gens honnêtes.
    Moi, j’imaginais Paris au bord de la mer,
    Et le caviar à la petite cuiller.
    Des hivers comme des étés,
    Pour avoir la peau toujours dorée.
    Moi, j’voulais pas de ce néant,
    De ces pleurs et de ces tourments,
    J’voulais juste garder mon âme d’enfant.
    (Signé P’tit Bonheur)

  2. Je découvre ton blog au détour d’un autre blog et puis encore un autre sur une fille qui a fait un tour du monde et qui a cité ton article de retour de l’Inde, parce que je prépare mon voyage. Tu vois, ton article a gifflé mes yeux et je suis venue voir par ici. C’est fou comme tu m’émeus. J’ai pas loin de 10 ans de moins que toi, mais j’ai l’impression de me lire dans quelques années. Ce texte là m’a donné envie de t’écrire parce que ça fait des heures que je te lis et que je dois te signifier mon passage par ici, juste comme ça. T’as l’air d’être une femme géniale (et je ne dis pas ça parce que j’ai l’impression de me lire dans 10 ans ;)). Ne t’arrête pas d’écrire s’il te plaît.
    Bisous.

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l’aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Créez un site Web ou un blogue gratuit sur WordPress.com.

Up ↑

%d blogueurs aiment ce contenu :