Du noir avec des p’tits points blancs, une fois de temps en temps.

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Un jour tu m’as dit : « Tsé, y’a des gens qui n’ont rien et qui sont heureux. Le bonheur, ça n’a rien à voir avec ce que tu as ou ce que tu n’as pas. Le bonheur, y’en a qui l’ont, y’en a qui l’ont pas. Toi tu l’as pis moi ben, je l’ai pas. »

Tu m’as fait peur.

J’ai eu ça dans la tête pendant des jours. Des semaines. Des mois. Encore aujourd’hui, souvent. Tu avais raison, je crois. J’ai de la chance; le bonheur, je suis née avec. Il passait simplement par là quand je me suis pointé le bout du nez pour la première fois. Ma vie comme toutes les vies, ce n’est pas toujours facile. Mais il y a une bonne étoile juste là. Au-dessus de moi. J’aime croire à ce genre d’histoires. J’ai eu les idées embrouillées, parfois. Les idées noires, même. Mais jamais noires au point d’avoir envie de ne plus être là. Disparaître pour apaiser mes souffrances, pour panser mes petits et mes gros bobos. Jamais. J’ai toujours su qu’après ça irait mieux. Je me vois vivre jusqu’à 92 ans. Minimum. Danser jusqu’à 80. Minimum. Je sais qu’il y aura encore des épreuves, mais il y aura toujours plus de beau que de laid.

Je ne compte plus les fois où tu m’as dit: « Ma vie, c’est vraiment d’la marde ». Vue d’ici, pourtant, ta vie c’est tout le contraire. Tu as cette petite. Tu as cet amoureux complètement fou de toi. Tu as un boulot que tu aimes et qui t’apporte beaucoup d’argent. Je sais que l’argent ne fait pas le bonheur, mais ça le rend plus accessible, des fois, me semble… Tu as plein d’amis. Tu peins de mieux en mieux. Tu exposeras même, bientôt. Va savoir en quoi ta vie, c’est vraiment d’la marde. C’est là que tu me répètes que le bonheur, ça ne s’achète pas. Que tu l’as pas. Que t’as le mal de l’âme depuis ta première aube. Que plusieurs fois par jour tu caches les larmes qui montent à tes yeux. Parce que pour tout le monde autour, tu te dois d’être forte. Parce que tu dois l’être pour ta fille. Pour ton chum. Pour tes parents. Pour moi. Pour toi.

C’est pas parce qu’un sourire se dessine sur un visage que derrière ce visage n’y a pas un volcan de tracas. C’est ce que tu m’as appris. Voir au-delà des apparences et des expériences. J’aimerais que tu m’annonces une bonne nouvelle en étant heureuse. Pas en me listant tous les problèmes et les angoisses qui viennent avec cette bonne nouvelle. J’aimerais te voir éclater de rire sans avoir une bouteille de vin dans le ventre. J’aimerais te voir éclater de rire sans te voir éclater de larmes dans la même soirée.

J’ai peur. 

J’ai peur de ce qui pourrait t’arriver. J’ai peur de ne pas avoir su quoi faire. Je t’écoute du mieux que je peux et je te donne les meilleurs conseils que je peux selon mes petites connaissances à moi, mais je suis qui, moi, pour de dire comment être bien? Je suis qui pour te dire comment trouver la recette de ton bonheur? J’ai peur de ne pas savoir quoi dire à ta p’tite. Peur de ne pas savoir quoi dire à ton chum. Peur de ne pas savoir.

Peur.

T’es belle. T’es brillante et tellement pleine de talents mais ça, tu le sais déjà. Et je sais que ça ne compte pas, tout ça. Je sais que ça n’a rien à voir. Je sais que les acquis et le sentiment de bien-être, ça ne se range pas nécessairement dans la même case. Avant toi je pensais que le bonheur, c’était le genre de chose qui se travaillait. C’est facile de dire « aide-toi et le ciel t’aidera ». C’est facile de penser que pour attirer le bonheur il faut le créer. Mais merde on dirait que des fois, le foutu bonheur, il collabore juste pas.

Alors la solution, c’est quoi? Ce monstre qui grandit en toi, il va rester tout le temps? Tu auras les plus beaux enfants de la planète, tu auras l’amour, tu auras la santé, tu auras l’argent et il sera toujours là? Alors on fait comment pour le calmer? Pour l’arrêter de te ronger le coeur? On consulte? On prend des pilules? On lit des bouquins de croissance personnelle? Et mon rôle à moi, c’est quoi? Je t’appelle tous les jours pour te rappeler que tu es merveilleuse? Je te sors quatre fois par semaine pour ne pas te laisser le temps de t’arracher à la vie?

Et pourtant tu souris. Et pourtant tu arrives à tout faire. Tu travailles, tu prends soin de ta famille. En surface tout va bien. C’est plus profond. C’est un mal de vivre. Un mal de chaque seconde de ta vie.

J’ai tellement peur.

Je déteste le mot et je vais l’écrire qu’une seule fois. Parait qu’être suicidaire, c’est un état. J’ai lu ça, en m’inquiétant pour toi. Parait que tu nais avec comme tu nais avec ton absence de bonheur. Parait que c’est écrit dans ton ciel avant même que t’aies appris à sourire. Parait qu’il faut être fait fort comme le roc pour contourner tout ça. Pour arriver à déjouer le destin. Pour ne pas lui donner raison. Pour te battre jusqu’à la fin.

J’ai peur que ce soit ça.

Ta vie de ton point de vue c’est des embûches grandes comme des montagnes. C’est des pannes, des détours, des crevaisons à chaque coin de rue. Ta vie de ton point de vue c’est une interminable file d’attente. C’est long constamment. C’est du noir avec des p’tits points blancs, une fois de temps en temps.

J’ai peur.

Ton malheur, j’arrive à le visualiser. Il est petit pour entrer dans ton corps, mais devient immense quand vient le temps de te faire mal. Il est laid, le salopard. On ignore d’où il arrive et dans quel but il est là. Il te blesse l’intérieur à coups de pelle incessants. Quand il s’endort tu arrives à sortir souper et à t’amuser pour quelques heures. Dès qu’il se réveille cette douleur qui t’écorche par en-dedans refait surface. Le salopard. Si je pouvais mettre la main dessus, je te jure que je lui ferais la passe. Je l’empêcherais de te mener jusqu’au bout. Je l’empêcherais de faire sa job de lâche.

Le salopard.

Je voudrais te faire goûter à la vie telle qu’elle devrait goûter tout le temps. Elle devrait être sucrée, la vie. Surette par moments. Salée la plupart du temps. Amère parfois, mais pas trop souvent.

J’ai peur que t’en aies assez. J’ai peur que t’en aies assez à ce point-là.

Promets-moi de me lâcher un coup de fil.

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Le 10 septembre, c’est la Journée mondiale de prévention du suicide.

Pour donner, s’informer, se faire aider: Association Québécoise de Prévention du Suicide.

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