Des monstres et des hommes

Excusez les fautes. J’avais 15 minutes pour l’écrire.

Écrire sur le plus qu’infiniment triste 25e anniversaire de la tuerie de Polytechnique. Faudrait trouver un autre mot, d’ailleurs. « Anniversaire », ça vient avec des flûtes et des ballons, on dirait. J’ai même pas eu le temps de retouner la question dans ma tête. J’ai dit OK. L’écran s’est éteint. En même temps que mon entrain. Comment. Dans quel angle. Dans quel sens.

J’avais l’âge des premiers cours de ballet. L’âge de trouver dégoûtants les garçons. J’avais l’âge de jouer à cache-cache et à l’école, en plus d’apprendre à additionner, j’apprenais qu’ailleurs comme tout près, parce que Montréal n’est pas si loin de Chicoutimi, il paraît, une personne peut en tuer une autre, deux autres, quatorze autres, pour la simple raison de leur sexe. C’était le 6 décembre 1989. J’avais huit ans.

– Tu te souviens, toi, Polytechnique?

– Comme si c’était hier. À l’école on avait fait une minute de silence. J’étais petit, j’étais loin. Je ne connaissais ni Montréal, ni la violence, ni le féminisme, ni le suicide. Mon trip à moi, c’était de faire des châteaux dans le carré de sable en été et des forts en hiver. Malgré toute cette étrangeté, cette minute de silence venait me chercher droit dans les tripes. Je ne comprenais pas ce que je ressentais. Comme si, inconsciemment, j’étais concerné.

– Et toi?

– Ton père et moi étions tellement secoués… Je ne me souviens pas avoir abordé le sujet avec vous deux. Nous avions l’habitude de vous protéger de ce genre de mauvaises nouvelles. Pour ne pas vous faire peur, je crois. Dieu sait ce que ce genre de peur peut avoir comme conséquence… Nous par contre, on a eu peur souvent. Quand vous êtes entrées au secondaire, dans une école de filles… Quand ta soeur est partie étudier à Québec… J’étais inquiète tout le temps. Sauf que la vie continue. On avance et on se dit, on espère, que c’est un évènement isolé. Que ça n’arrivera plus.

J’ai décidé d’envoyer Ad Patres les féministes qui m’ont toujours gaché la vie. Depuis 7 ans que la vie ne m’apporte plus de joie et étant totalement blasé, j’ai décidé de mettre des bâtons dans les roues à ces viragos.

Je voudrais ce texte en noir et blanc pour qu’on y voit ni la couleur du sang ni celle de la douleur. Le 6 décembre 1989, j’avais huit ans et à 472 km de ma maison un jeune homme entrait dans une école où il n’y avait pratiquement que des garçons. Pour dix garçons, une fille. Cette fille caressait le rêve de devenir ingénieure. Mauvaise idée.

Les féministes ont toujours eux le dont de me faire rager. Elles veulent conserver les avantages des femmes (ex. assurances moins cher, congé de maternité prolongé précédé d’un retrait préventif, etc.) tout en s’accaparant de ceux des hommes.

La semaine précédente, le jeune homme avait fait ce qu’on appelle du repérage. Il avait été aperçu plusieurs fois sur les lieux. Il faut savoir où aller. Il faut savoir par où passer pour ne pas, trop vite, se faire remarquer. Le 6 décembre 1989, le jeune homme a demandé aux garçons de se regrouper d’un côté, et aux filles de l’autre. Pour ne pas rater sa cible, j’imagine. Il a tiré. Tiré. Tiré. Encore tiré. Geneviève Bergeron. Hélène Colgan. Nathalie Croteau. Barbara Daigneault. Anne-Marie Edward. Maud Haviernick. Barbara Klucznik-Widajewicz. Maryse Laganière. Anne-Marie Lemay. Sonia Pelletier. Michèle Richard. Annie St-Arneault. Annie Turcotte. Tuées par un jeune homme, sa tête en artifices et sa carabine semi-automatique, achetée légalement dans un magasin de Montréal. « Pour la chasse au petit gibier ».

La chasse au petit gibier.

Maryse Leclair. Tuée par un jeune homme, sa tête en désespoir et un couteau de chasse.

Jeune homme. Tué par lui-même. Une balle dans sa tête noircie. Sa tête en violence. « Oh shit » a-t-il dit, juste avant.

Il lui restait encore 60 balles.

Elles sont tellement opportunistes qu’elles ne négligent pas de profiter des connaissances accumuler par les hommes au cours de l’histoire. Elles essai toutefois de travestir celles-ci toute les fois qu’elles le peuvent.

Il y a eu la minute de silence à l’école. Il y a eu trois jours de deuil national. Il y a eu les suicides.

Le 18 juillet 1991, La Presse titre: « Un an après le suicide de leur fils, diplômé de Poly, les parents s’enlèvent la vie. »

« Oh shit ».

Un jeune ambulancier présent sur les lieux ce jour-là a aussi décidé d’en finir au bout de trois ans. La seule façon d’éteindre une fois pour toutes les diapositives du massacre qui tournaient et tournaient et tournaient et tournaient toujours dans sa tête. J’imagine. Clic. Clic. Clic. Clic. J’espère que pour lui il n’y avait rien de l’autre côté. Pas de peur. Pas d’image. Pas de sentiment d’impuissance. Rien. Rien ou de la douceur.

Je navigue sur le côté sombre d’Internet et je ne m’inspire pas, je m’aspire. J’ai le coeur crispé comme devant un film d’horreur. Je veux effacer l’historique et les traces de cette tristesse. Même s’il ne faut pas oublier. Je sais.

« Oh shit. »

6 décembre 2014. Il y a 25 ans, un jeune homme né Gamil Gharbi est entré à l’école Polytechnique pour y faire le ménage. Pour tuer 14 femmes parce qu’elle étaient femmes. Femmes également méprisées par son père qui le méprisait tout autant. Que faire avec les enfants blessés? Battus? Comment savoir? Comment soigner? Comment accompagner? Que faire avec les petits et les grands malades de l’âme? Comment éviter, bon sang?

6 décembre 2014. Dans le confort de mon sofa, il me serait possible ce matin de poser la main sur une carabine identique à celle utilisée ce jour-là. Maudit jour. Ça se peut. C’est disponible. Ça se trouve. J’ai la gorge qui se serre.

« Oh shit. »

Même si l’épitète Tireur Fou va m’être attribué dans les médias, je me considère comme un érudit rationnel que seul la venu de la Faucheuse on amméné à posé des gestes extrèmistes.

– Toi, la tuerie de Polytechnique, tu l’as vécue comment?

– Tout ce que je voulais, c’était me différencier. Me différencier de ce monstre qui n’était pas un homme. Moi, j’étais un homme. Pas lui.

Un monstre dans un corps d’homme.
Un homme dans un coeur de monstre.
Un coeur de monstre dans une tête d’homme.
Une tête d’homme remplie de monstres.

Désoler pour cette trop compendieuse lettre.

                                                        – Marc Lépine.

 

 

Les citations comprises dans ce texte sont des extraits non-corrigés de la lettre de suicide de Marc Lépine, retrouvée sur lui le 6 décembre 1989. 

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