Jeune femme un peu bohème cherche parfait grille-pain.

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Crédit Photo: FrakLopez

– T’es un peu bohème, toi, hein?
– Écoute… Comment je t’expliquerais bien… Si ça, c’est le look que tu choisis pour une « date » décontractée un samedi soir, oui, à tes yeux, j’ai sûrement l’air un peu bohème.

C’est ce que j’aurais aimé répondre. J’ai sans doute opté pour quelque chose du genre « Oui un peu, sûrement, je sais pas. Ça veut dire quoi, dans le fond, être bohème? »

J’ai l’affreuse impression d’être rendue là. Rendue à magasiner le gars qui me donnera envie d’aimer de toutes les pores de ma peau comme je magasine mes meubles de terrasse sur IKEA.com. Le pire, c’est que le poil me dresse davantage sur les bras à la vue des meubles en rotin qu’à la vue de toutes ces photos qui défilent sur l’écran de mon téléphone. Pas de sourire. Non. Duck face. Non. Photo de gym. Non. Collègue. NON! L’air d’un tueur en série. Non. Trop de photos dans un lodge de resort, noix de coco et paille en tirebouchon à la main. Non. Une fille avec paillettes et seins énormes pendue à son cou. Non. Une ancienne fréquentation, en couple. Misère, non. Pouces en l’air face de faux surpris trop de gel dans les cheveux. Non!

Je DÉTESTE les sites/applications de rencontres. Plein de jolis couples autour de moi se sont formés à force de persévérance et de volonté à multiplier les dates-fiascos. Je crois totalement que c’est possible. Mais moi? Moi, c’est pas les autres. Moi, c’est pas mon truc. J’haïs ça. Comme les p’tits pois en canne. Comme la réglisse. J’haïs ça, la réglisse. Avec un grand H.

Contrairement à la croyance populaire, une fille ne TOMBE pas toujours sur le même genre de type. Une fille est toujours ATTIRÉE par le même genre de type. Nuance. Logique. Un bon matin, à force d’histoires tristes qui se répètent et se terminent de manière toute aussi triste, une illumination. Comme une réponse à toutes mes questions: Changer de modèle. Quand ça fait quatre fois que tu achètes le même modèle de grille-pain juste parce que tu le trouves beau mais qu’il te rend pas heureuse, ton grille-pain. Que les toasts finissent toujours par être meilleures chez le voisin. Ben change de modèle de grille-pain.

Dans la langue de Tinder, application-du-diable-dévoreuse-de-batterie: Swiper vers la gauche le gars avec un chien et « je vais te briser le coeur » écrit dans le front. Celui dont je vais tomber follement amoureuse avant qu’il finisse par me flusher comme on flushe un vieux kleenex, sans jamais m’aviser. Parce qu’on s’était rien promis, tsé. Oui. Swiper à gauche. Position feotale. Pleurer un peu, me dire qu’il n’y a plus aucun espoir, en retrouver une parcelle, passer au suivant.

Swiper vers la droite Gars-qui-a-l’air-bien. Celui à qui j’ajouterais trois ou quatre jours de barbe, certes. Me convaincre que ce cliché a été pris un matin doux où il allait bruncher chez Mère-Grand. Gars-qui-a-l’air-bien est à 12 kilomètres de chez-moi. Peut-être Villeray. Peut-être Verdun. Peut-être Brossard. Je me perds à Brossard. J’arrive jamais à sortir du Dix-30. J’haïs ça, Brossard. Comme les p’tits pois en canne. Comme la réglisse. J’haïs ça, la réglisse. Avec un grand H.

Message court et sympatique à Gars-qui-a-l’air-bien-mais-ne-provoque-en-moi-le-moindre-rêve. Jasette de base. Pas de faute d’orthographe, pas de « Heeeeeeeyyyy babe what’s up! » Deux morceaux de robot! Gars-qui-a-l’air-bien travaille dans les assurances et possède une une grande maison. À Brossard. J’inspire un coup, en expire un autre. Sortir du rituel. Laisser tomber l’artiste qui n’a juste pas encore trouvé son art. Le musicien qui pogne trop. Le photographe qui veut réinventer le monde un cliché non filtré à la fois. L’acteur pas particulièrement doué qui habite avec douze colocs. Changer de model de grille-pain. Gars-qui-a-l’air-bien et moi nous donnons rendez-vous pour un café. Look plate. Job plate. Histoires plates. Café plate. Plate plate plate. Plate comme les prairies.

(Précisions: C’est ni Brossard ni le boulot dans les assurances qui fait que je trouve un gars plate. C’est sa manière totalement dénuée de toute étincelle de me raconter ce qu’il est. Y’a le grille-pain qui brûle toutes les toasts, et celui qui, au bout de cinq minutes, te ressort le bout de pain à peine coloré. Mes toasts, je les aime croustillantes et bien grillées. Le moment juste avant que le goût amer n’apparaisse. Chacun ses toasts.)

– Pourquoi tu lui laisses pas une autre chance?
– T’as raison. C’était peut-être juste l’effet « date ». Le stress. C’est ça oui… C’était sûrement le stress.

J’ajoute une pincée de sel à mes textos. Des points d’exclamation. Des questions. De l’enthousiasme. Je lui envoie un émoticône caca pour commenter la météo. Il me trouve pas drôle. Il communique avec moi comme la secrétaire de mon dentiste. Et encore, je pense qu’elle est plus funky.

Rencontre numéro 2: Boutons de manchettes (BOUTONS DE MANCHETTES!). Jeans repassés. Mange pas de dessert. Gros char. Je porte un t-shirt de Blondie et des bottes de cowboy. On s’était dit qu’on faisait ça « relax ». Il y a de la tarte tatin (DE LA TARTE TATIN!) sur le menu mais je me retiens. De boire toute la bouteille de vin, aussi. Je me sens comme un clown. Une gamine. J’essaie de trouver un sujet qui va le faire bouger sur sa chaise un peu mais rien. Sourire gentil. Rien qui dépasse. – 1000 sur l’échelle du niveau de folie. Plate plate plate. Plate comme rouler des cennes.

– Pourquoi tu lui laisses pas une autre chance? C’est quand même un bon parti, non?
– Un bon parti pour quoi? Me faire des enfants? Subvenir à mes besoins alors que j’y subviens parfaitement moi-même? Me faire des repas plates avec pas de dessert? Boire une coupe de vin quand il se sent fou le samedi soir, après avoir enlevé ses BOUTONS DE MANCHETTES? Me faire des lifts dans son gros char? Me faire aimer Brossard? Repasser mes jeans? Me trouver un bon plan d’assurances? J’ai compté, tu sais: J’ai ri cinq fois en deux « dates ». Trois fois de mes propres blagues. Deux fois de celles du serveur.

Mes derniers mois sur le marché du célibat ont été constitués de rencontres à cette image. Pas de frissons pas de papillons pas de fou rires pas de niaiseries pas d’abus. Pas de fun. Plates plates plates.

Je vais vous dire pourquoi les filles aiment les bad boys. Parce que le vécu. L’aventure. Le laisser-aller. L’imagination. La créativité. La folie. Le caractère. L’imprévu. La spontanéité. Parce qu’on sent que ce sera pas banal. L’argent, le gros char, la grande maison, ça n’allume rien, chez moi. Je ne vais pas avoir envie d’un troisième rendez-vous simplement parce que le gars paie la facture avec sa carte platine.

Un juste milieu. Un gars sans bouton de manchette mais honnête. Un gars avec un bon niveau de folie mais pas d’antécédents inquiétants. Un gars complexe sans être compliqué. Un bon gars avec du caractère. Un gars qui s’amuse de mon franc parler au lieu de s’en offenser. Un gars indépendant et présent. Un gars un peu bohème (parce c’est ce que je suis, visiblement), capable de se mettre beau pour rencontrer ma mère. Un gars punché. Pas plate. Pas de réglisse. Un parfait équilibre. Un gars qui vit à 100 à l’heure avec un dimmer pour les dimanches matins.

Des boutons de manchettes. Comment voulez-vous que j’angoisse pas.

*Toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé n’est peut-être pas totalement fortuite.

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